par Rémi Chaussenot
le 03 mai 2018

Je reçois de plus en plus d'e-mail, où les gens écrivent en gros : je voudrais faire du Neurofeedback, mais d'après votre site, NeurOptimal ne semble pas être la meilleure solution. Auriez-vous l'adresse d'un praticien sérieux ? Sincèrement, c'est chouette de lire cela de la part d'inconnus : cela prouve d'une part, que vous êtes à la recherche d'informations contradictoires, ce qui est génial, mais d'autre part que le temps que je passe à rédiger ces articles, n'est pas en vain. Alors, merci à tous, c'est la plus belle récompense.


Je me rends également compte, qu'au fil de ces lignes, on pourrait croire que j'ai réellement une dent contre NeurOptimal et par extension, contre les praticiens NeurOptimal. Rien ne serait plus faux : j'ai une dent contre les entreprises privées qui déforment la science et donc manipulent les gens (praticiens comme patients). NeurOptimal en est une, mais il en existe d'autres, principalement de nos jours, tous les "bandeaux connectés", qui font tout un tas de promesses, en utilisant des électrodes sèches.

Souvent, les gens qui croient en des solutions pseudoscientifiques utilisent des arguments types visant à discréditer la méthode scientifique :
  • la science ne sait pas tout expliquer ;
  • tout ne peut pas s'expliquer par la science ;
  • ça ferait du mal à Big Pharma, donc la science ne s'y intéresse pas ;
  • c'est quantique.

....et autres conneries, preuve qu'aujourd'hui, l'école traditionnelle n'arrive pas à transmettre le minimum de sens critique requis aux étudiants.

Mais soyons honnêtes : en effet, la Science ne sait pas tout expliquer (et ne peut pas tout expliquer, à cause de la théorie du chaos). Ce que je dis souvent, c'est qu'un scientifique est capable de dire je ne sais pas, alors que quelqu'un qui défend des solutions pseudoscientifiques ira toujours chercher une explication au fonctionnement de sa technique, sans même vérifier que la technique en question possède un effet supérieur au seul placebo. Le plus connu, c'est "la mémoire de l'eau", qui tentait d'expliquer l'effet de l'homéopathie.... en oubliant que l'homéopathie n'a pas d'effet.



Cet exemple est super intéressant, car les partisans de cette mémoire de l'eau citent souvent que la personne qui a publié l'étude sur la mémoire de l'eau est un Prix Nobel de Médecine (découverte du VIH). En Science, on ne s'attache pas à l'égo ou à une personne : on s'attache aux expériences. Et aucune équipe n'a jamais réussi à répliquer l'expérience de Montagnier. Verdict ? Méfiez-vous de l'argument d'autorité, figure de rhétorique visant à placer la réputation d'une personne avant les preuves scientifiques. Dans le cas présent, Montagnier a mal vieilli et clairement, a oublié sa formation scientifique quand il a fait son étude sur la mémoire de l'eau.....

(Le coup de "c'est quantique", c'est aussi une super belle déformation de la science, mais ça fera probablement l'objet d'un article, car c'est très intéressant de comprendre comment des études en physique des particules ont été travesties pour servir de base à des théories pseudoscientifiques macroscopiques)

La pseudo-science (du grec ancien : ψευδἡς : « faux, trompeur, mensonge » et du latin : scientia : « savoir ») est une connaissance ou une discipline qui est présentée sous des apparences scientifiques ou « faussement attribué[e] à la science », mais qui n'en a pas la démarche, ni la reconnaissance. Elle se situe en opposition avec la science.

Le terme de « pseudo-science » est souvent utilisé pour dénoncer la tromperie autour de certaines connaissances, c'est-à-dire ceux qui les présentent utilisent, sciemment ou non, des termes et des démarches qui semblent scientifiques ou logiques dans le but de s'attribuer le crédit que la science possède. Ils utilisent parfois un langage et des axiomes scientifiques, mais ne respectent pas les critères de la méthode scientifique, tels les principes intangibles de réfutabilité, de non-contradiction et de reproductibilité.


Et c'est souvent là, où parfois, je suis mal compris. Quand je me permets de dire "cela n'a pas d'effet", "cela est peu probable", c'est qu'il y a des études scientifiques qui le démontrent. Pour certaines choses, je dirais simplement "cela n'a pas été étudié".

Un des fondements de la Science est tout bête : en Science, on ne prouve aucune hypothèse, on échoue à trouver un contre exemple à l'hypothèse. Et c'est très important : c'est l'accumulation des études qui vont échouer à trouver des contre exemples à une hypothèse, qui va pousser la communauté scientifique à croire que l'hypothèse est valide. Les études étant faites en prenant une erreur statistique de 5% (voir de nos jours, 1%), il y aura toujours quelques études qui seront des faux positifs, ou des faux négatifs : que les sites pseudoscientifiques vont mettre en avant. Trouver un contre-exemple (et le répliquer) suffit à dire "c'est faux", mais pour dire "c'est vrai" il faut des dizaines, centaines, voir milliers d'études.

Depuis 1953, on a observé l'ADN dans tous les labos du monde, en utilisant des techniques très variées. Cette multitude d'approches qui a permis l'observation de l'ADN et le nombre de chercheurs qui ont répliqués ces expériences, font penser que l'ADN existe. Mais en vrai, c'est juste que depuis plus de 60 ans, on a échoué à trouver une expérience démontrant que l'ADN n'existe pas. Du coup, ben, on se dit que cet ADN existe.....

Bref, revenons à NeurOptimal. Pour l'exemple, l'un d'entre vous m'a envoyé par e-mail, le lien vers ce cabinet de "neurofeedback" à Lyon. Je ne le connais pas, je vais simplement passer au crible le site internet.


Présentation générale

Neurofeedback Lyon
Neurofeedback Lyon

Sur la page d'accueil du site, on y retrouve le classique mensonge de "NeurOptimal c'est du Neurofeedback". J'ai déjà expliqué dans cet article pourquoi c'était faux.

La méthode de neurofeedback dynamique NeurOptimal™ est née au Canada de l’expérience de Sue Brown, psychologue clinicienne et technicienne en neurofeedback et de Valdeane Brown, son mari, mathématicien et physicien.

Neurofeedback Lyon

Cette phrase est intéressante car elle joue sur l'argument d'autorité (S. Brown psychologue & V. Brown mathématicien et physicien). Deux scientifiques, ils ont forcément les compétences pour faire des découvertes cliniques ! Rappelez-vous ce que je disais au début : en Science, on s'attache aux résultats des expériences, pas aux personnes. S & V. Brown n'ont à ce jour publié aucune étude scientifique (alors que NeurOptimal existe depuis 17 ans !) dans un journal international sérieux qui démontrerait la supposée efficacité de NeurOptimal (Enfin, une étude qui montrerait l'impossibilité de réfuter l'hypothèse que ça ne fonctionne pas : on échoue à démontrer en Science, on ne démontre rien, comme dit plus haut).

A partir de là, vous comprendrez que la suite est bancale :

Lors d’une séance, les capteurs posés sur la tête détectent un changement brutal d’activité du cerveau avec dépassement de seuils. Le signal est transmis par fibre optique au logiciel qui créé une micro-coupure de la bande sonore écoutée.

Neurofeedback Lyon

Vous devez ici faire aveuglément confiance à cette affirmation : elle n'a jamais été soumise à une analyse critique scientifique. (Au passage, la fibre optique, c'est l'affaire de 30€, ça permet juste un transfert de l'information très rapide, car en neurofeedback, le feedback doit être donné le plus vite possible, pour mettre en place le conditionnement. Mais avec un câble en cuivre, ça fonctionnerait aussi. Donc je pense qu'ici, ça joue aussi sur l'idée que la fibre optique, ça coûte très chère, vu l'actualité de la France autour du déploiement de la fibre qui coûte des milliards aux opérateurs, mais non, pour le neurofeedback, c'est quelques dizaines d'euros)


Présentation du "neurofeedback" (enfin.....)

Neurofeedback VS NeurOptimal
Neurofeedback VS NeurOptimal

On plonge entièrement dans le confusion neurofeedback/neuroptimal ici. Un premier paragraphe qui explique ce qu'est le neurofeedback, puis un second, son application par le NeurOptimal. Comme je l'ai dit dans mes précédents articles : pour avancer que le NeurOptimal est du Neurofeedback, il faudrait comparer les deux techniques : ce qui n'a jamais été fait. Donc cette comparaison est fausse et mensongère.

Sur le fond, je vous redirige sur mon précédent article, qui détaille précisément la différence entre les deux approches.

La page se conclue sur : "La régulation de l'activité cérébrale entraînera toujours une amélioration de l'état de santé". Cette phrase me fait pleurer des larmes de sang. En Science, "toujours" est un mot à bannir. Comme je vous l'ai dit, on travaille avec des statistiques, qui prennent une marge d'erreur de quelques pourcents. Un traitement ne soignera jamais 100% des patients. Le corps humain est complexe et des interactions croisées existeront toujours (bon d'accord, presque toujours). Et encore une fois, ici, ils confondent "NeurOptimal" et "régulation de l'activité cérébrale" : aucune étude ne prouve que le NeurOptimal agit sur la régulation cérébrale !


Séances et tarifications (lien)

Il faut bien comprendre que le placebo est un traitement qui a un réel effet. On peut soigner des symptômes mineures (parfois majeures) par placebo. Un individu calme, gérera mieux la douleur au quotidien, par exemple. Et s'il trouve son calme dans une séance de NeurOptimal, il associera peut-être l'effet bénéfique lié à son calme psychique au NeurOptimal, qui a fait on-ne-sait-quoi-avec-son-algorithme-magique à votre cerveau.

Et c'est là, tous les témoignages (à mon avis, honnêtes, d'ailleurs) positifs que vous voyez sur la toile : des gens incapables de dissocier les effets de la relaxation (imposée dans le protocole NeurOptimal) avec le supposé effet "NeurOptimal".

Vous êtes confortablement installé dans un fauteuil de relaxation, deux capteurs sont posés sur votre tête et trois autres sur vos oreilles. Vous écoutez de la musique tranquillement avec un casque. Vous appréciez un moment de détente, de bien-être et de lâcher prise.

Neurofeedback Lyon

NeurOptimal vs Science
NeurOptimal (Neurofeedback Lyon) vs Science (diapositive de l'Institut Neurosens)

Ce qui me dérange un peu, avec le NeurOptimal, c'est cela : vous allez dépenser 60 € (ou plus) pour vous détendre 45min dans un fauteuil et une machine obscure va supposément vous guérir de tout. 60 €, c'est par exemple ce que je peux facturer pour une séance de Neurofeedback (et actuellement, je prends mon temps, donc je reste 1h30 avec la personne). Au cours de ce temps : on va faire des exercices, étudier la réponse de votre cerveau, changer des paramètres, trouver des stratégies pour vous faire prendre conscience de votre apprentissage. Éventuellement, cela peut-être mixé avec du biofeedback. Bref : je passe un temps fou à personnaliser chaque séance en fonction du patient. Et une fois la séance terminée, j'analyse les résultats, compare chaque session et planifie un plan d'attaque pour la suite.

Le Neurofeedback, c'est une discipline beaucoup plus riche et passionnante, tant pour le praticien que le patient, que ce que veut bien vous faire croire NeurOptimal.

Mais c'est là le business model du NeurOptimal : vendre des machines à prix d'or (l'Association Un sourire pour l'Espoir a payé la sienne 3 k€, et quelques temps après, le prix a quadruplé.... sans savoir pourquoi), vendre des formations à prix d'or (vous apprenez juste à utiliser le logiciel, alors que la formation de Neurosens va par exemple, vous apporter de solides bases en Neurophysiologie), et finalement, vendre des séances à prix d'or au patient, car 60€ pour 5min à poser des électrodes, j'appelle cela, un business rentable.....

Brochure NeurOptimal
Brochure NeurOptimal

Dans le guide NeurOptimal, on trouve par exemple, ce genre de chose :

  • NeurOptimal® est fier d’avoir une multitude de solutions permettant à nos praticiens de se dégager un revenu.
  • La location de systèmes personnels NeurOptimal® à vos clients peut être très intéressante, et vous permettre de générer des revenus passifs. Un grand nombre de nos praticiens ont plusieurs systèmes en location dans leur pratique (...). D'autres n'offrent que des locations. Les forfaits sont généralement fixés à 675 à 850€ par mois, pour un maximum de 30 séances. Imaginez les possibilités si vous vous créez un parc de systèmes en location!
  • Nous savons que la praticien a pris du temps et a fait des efforts pour inciter un client à acheter NeurOptimal®, aussi, pour compenser l’impact financier de la perte de ce client, nous avons décidé de créer le Programme Ambassadeur en guise de remerciement. Ce programme permet aux membres de PASS d’être récompensés pour les systèmes qui ont été placés grâce à leurs efforts.
  • Quand il s’agit de marketing, le choix d’un groupe cible peut aider à augmenter largement les revenus. Voici quelques exemples de segmentations de marché et de groupes ciblés.

Autant vous dire que quand j'ai découvert cette brochure de NeurOptimal, j'ai eu un peu envie de vomir. La santé n'est pas et ne devrait pas être un marché capitaliste. C'est pourquoi dans le cadre de l'AFBN, on fera notre possible pour que le Neurofeedback soit reconnu et à terme remboursé, encadrant les prix et permettant à ceux qui ont réellement besoin de soin, de les avoir sans enrichir une compagnie privée.

Après, dans le cadre de Neurofeedback Lyon, le praticien est un Psychanalyste et ayant discrédité la psychanalyse dans ma thèse de doctorat, bon, voilà....Je suppose que la Psychanalyse méritera un article explicitant pourquoi, la communauté scientifique considère que c'est une pseudoscience. De plus, il est "référencé dans l'annuaire mondial", alors que le lien mène vers l'ADNF, qui est une association française. Donc là, c'est purement personnel : mais amis praticiens, ne prenez pas vos patients pour des cons, quoi. (Un site internet, c'est une vitrine, j'ai passé du temps à polir la mienne et je reste ouvert à toute critique pour corriger le contenu de ce site si certaines choses s’avère fausses)


Liens et documentation (lien)

Très brièvement, sur cette page.

Il parle de "film d'investigation". "Investigation" est un mot fort, où le journaliste va aller peser le pour et le contre. Essayer de démêler la vérité d'un sujet. Ici, c'est clairement une page de pub pour NeurOptimal. Et entre la musique (de l'opéra), le montage, voir la qualité de la vidéo réellement médiocre pour son année de création... Ce "film" me met réellement mal à l'aise. De plus, je ne le répèterai jamais assez : un témoignage n'est pas une preuve.

Est cité ensuite des livres, écrits par des auteurs soit disant "experts" (j'en ai lu quelques uns, il faut que je prenne le temps de faire la critique... il y a du boulot). Le NeurOptimal en France, c'est un marketing bien huilé sans aucune base scientifique, avec différents gourous qui vont pratiquer de façons différentes. C'est le problème quand il n'y a pas de Science : c'est témoignage contre témoignage, "Experts" contre "Experts". L'une des figures du NeurOptimal en France, que je connais, a récemment décidé de quitter Zengar (la maison mère de NeurOptimal) et de se mettre au neurofeedback. C'est très chouette, car cela prouve que les praticiens NeurOptimal veulent réellement aider : on leur a juste menti sur la marchandise. Et c'est tout ce que je souhaite à tous ceux qui font du NeurOptimal : ne les jugez pas, donnez leur les liens de mes articles et invitez-les à se former au Neurofeedback. Ils aideront beaucoup plus leurs patients, et se rendront compte que le métier de praticien en Neurofeedback, ce n'est pas juste poser des électrodes, mais que c'est beaucoup beaucoup plus riche.


Témoignages

Une rapide recherche sur Qwant (qui ne viole pas votre vie privée contrairement à Google)
Une rapide recherche sur Qwant (qui ne viole pas votre vie privée contrairement à Google)

Ici aussi, très brièvement car vous connaissez mon amour des témoignages.

Sur Neurofeedback Lyon, je suis sur le site d'un praticien défini, je m'attends donc à avoir des témoignages liées à sa pratique. Avec une brève recherche sur un moteur de recherche, vous verrez que tous les sites se partagent les mêmes témoignages. C'est signe d'un ensemble de site qui fonctionnent en cercle clos et c'est très dangereux (cf cette super vidéo d'Horizon Gull sur les sites en cercle fermé).

Si un jour, je dois publier des témoignages de mes patients, ce que je leur ai dit : c'est de ne jamais dire que la technique fonctionne (par contre, l'inverse est possible). Qu'ils expliquent plutôt ce qu'ils ont fait, comment, ce que cela leur a apporté. Bref de témoigner de leur parcours de soin, pas faire de la pub pour la technique (elle n'en a pas besoin, les études scientifiques sont là, contrairement à NeurOptimal).


Conclusion

Encore une fois, cet article n'est pas à charge pour Neurofeedback Lyon, tous les sites NeurOptimal (genre celui-là) sont construits de la même façon (c'est ce qu'ils ont appris à leur formation). Il sert uniquement d'illustration à mon propos.


Tout cela est simplement le triste constat d'une entreprise, qui avec une machine soit disant "miracle" a réussi à escroquer rassembler nombre de personnes (praticiens comme patients).


Voilà voilà....



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Anonyme 23 août 2018
Pourquoi n'ai je pas connu votre site avant, je loue actuellement une machine pour mon fils.....
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Tikigirl 31 août 2018
je recherchais des methodes douces pr enfts dys et en complement trouble d'attention passif pr un et actif pour l'autre!ouf!heureusement que vous avez creer ce blog!j'allais contacter un cabinet dans ce domaine!
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Rémi Chaussenot 05 septembre 2018
Heureux d'avoir pu aider Tikigirl !
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Jerry Cornelius 16 octobre 2018
Bonjour Monsieur.

Merci beaucoup pour ce billet. J'aimerais vous poser quelques questions, si vous le permettez.

1) Que pensez-vous de ces articles qui laissent entendre que le neurofeedback en général (pas seulement NeurOptimal, semble-t-il) est un placébo ?

https://www.sciencesetavenir.fr/sante/cerveau-et-psy/la-technique-du-neurofeedback-un-placebo_102190

https://www.thelancet.com/journals/lanpsy/article/PIIS2215-0366(17)30291-2/fulltext

2) Sauriez-vous s'il est possible pour un particulier d'acheter l'équipement et de s'en servir chez lui (en appliquant bien sûr les bonnes pratiques et procédures recommandées) ?

Parce que le seul thérapeute en activité dans ma ville, Lyon, que j'ai pu repérer et qui utilise semble-t-il le vrai neurofeedback (pas NeurOptimal), M. Hervé Panzera, fait payer ça très cher : 400 et quelques euros pour la séance de calibration, plus 70 euros pour les séances suivantes (non remboursés par la sécu, évidemment, mais ça, ce n'est sans doute pas sa faute).

A la limite, on peut concevoir de débourser une certaine somme pour l'équipement (faut voir laquelle) mais être tributaire d'un thérapeute pour l'utiliser et devoir payer 70 euros par séance (j'ignore combien il y en a), on a un tantinet l'impression de se faire tondre. Je ne sais pas ce que vous en pensez...

Bien cordialement.
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Rémi Chaussenot 18 octobre 2018
Bonjour Jerry,

Alors, l’étude de Robert Thibault et Amir Raz est effectivement assez connue dans notre communauté. Je commencerai par dire le classique « une étude seule n’est pas une preuve tant qu’elle n’est pas répliquée » que je développe dans un article plus récent. D’autres études, prouvent en effet le résultat inverse.
Mais pour moi, ils mettent le doigt sur le manque de standardisation et sur tout un tas de défauts qui existaient dans les anciennes études en Neurofeedback et pousse la communauté de chercheurs à être plus précis.
A l’heure actuelle, un Neurofeedback bien fait, réalisé par une personne correctement formée, offre de meilleurs résultats que le seul placebo.

Après, connaissant personnellement Hervé Panzera, je vais être subjectif, car je pense que c’est un bon praticien.
Le neurofeedback requiert l’établissement de la carte cérébrale (qui doit être débarrassée de ses artefacts, analysée et mise en corrélation avec le profil clinique), voir comparée via une base de donnée, c’est donc demandeur en terme de temps, ce qui explique le montant de ce que vous appelez « séance de calibration ».
Derrière, une séance de neurofeedback, c’est en moyenne 1h, donc le prix de 70€ est justifié, ne serait-ce que quand on regarde les barèmes des autres praticiens de santé, qui en général facture ~20€/15min (médecin, kiné, etc…). Pour être exhaustif, en général, vous en prenez pour 40 séances, le temps que l’apprentissage se fasse, se stabilise, puis de le généraliser.

Si vous voulez pratiquer le Neurofeedback chez vous, plusieurs choses :
- il va falloir vous former (à l’heure actuelle, en France, il n’y a que l’Institut Neuroscience, pour un montant d’environ 1 500€, ce qui est cohérent avec les prix exercé en Allemagne/Espagne/USA de ce que j’ai regardé) ;
- il faudra acheter le matériel pour établir la carte cérébrale (le moins cher sur le marché est à 7 000€ de mémoire, le Mitsar 19 canaux) ;
- il faudra prendre un abonnement à une base de donnée (2 500€, NeuroGuide) ;
- il faudra ensuite acheter le matériel d’entrainement (il y en a pour 3 000€ dans les premiers prix, comme le PromComp 2 de Thought Technology).

Après, faire la séance soit même, ce n’est pas impossible, mais le praticien ne se tourne pas les pouces pendant que vous vous entrainez. On relève tout un tas de variations des ondes EEG, l’évolution de votre performance et on débrief à la fin d’un bloc (en général 3min), pour affiner la stratégie d’apprentissage.

Donc bon, c’est coton.
Le fait que ce ne soit pas remboursé est effectivement un gros frein à la pratique en France, c’est à la communauté de praticien de faire du lobbying pour que ça le soit. Mais en étant à son compte, 70€ pour une séance d’une heure, c’est tout à fait correct, une fois les charges payées (locaux et compagnie), et les impôts (dans mon cas, je donne 78% de ces 70€ à l’état, donc je ne touche en vrai que 15€ par séance).

Voilà voilà,

R.
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Jerry Cornelius 18 octobre 2018
Je vous remercie beaucoup pour votre réponse détaillée.

Votre avis m'importait car je partage assez votre tournure d'esprit "rationaliste" (avec ou sans guillemets, comme vous voudrez) et l'approche que ça implique s'agissant des questions psychologiques.

Si vous faites confiance à M. Panzera, j'en tiens donc grand compte, ainsi que de votre "validation" de ses tarifs, puisque vous prenez les questions de coût excessif au sérieux.

Pour poursuivre la discussion, n'est-il pas toutefois possible de commencer la pratique du neurofeedback chez un thérapeute (M. Panzera, par exemple, mais ce serait aussi intéressant de savoir comment vous-même envisageriez les choses) pour procéder à la "calibration" et à quelques séances pour se former convenablement (cinq, dix, je ne sais pas...) et ensuite continuer chez soi avec un équipement acheté (voire loué si tant est que ce soit possible (?)) ? De la sorte, ça permettrait d'éviter de financer soi-même l'établissement de la "carte cérébrale" avec le matos à 7000 euros, quitte à acheter tout de même pour la suite le Procomp2 à 3000 euros (je ne sais pas dans quel cadre rentrerait alors l'"abonnement à la base de données" à 2500 euros : une fois le contact établi avec cette BD, faut-il le maintenir en permanence, ou peut-on se contenter des données importées ponctuellement lors des premières séances ?).

Parce qu'il n'y a pas que le coût de la "calibration" entre 245 et 400 euros (pour être précis), il y a aussi les 40 x 70 = 2800 euros des séances normales. Bon, jusque là, ça ne semble pas "moins avantageux" que les achats dont vous parlez. Mais ça implique d'être sûr que ça "suffise", alors qu'il pourrait être souhaitable de continuer encore un peu (ou un peu beaucoup), sait-on jamais.

Or, j'ignore si c'est le cas général mais il m'a semblé qu'on était invité à venir avec son propre ordi portable et à installer dessus le logiciel nécessaire (ou ai-je mal compris ?), auquel cas ce serait déjà une chose qu'on gère un peu "de son côté", certes sous supervision professionnelle. Dans cette logique, il m'aurait semblé naturel, après qu'un pro nous ait mis "le pied à l'étrier", qu'il soit possible - si on a les moyens de financer son propre équipement complet (gros "détail", évidemment) - de gérer toute la suite soi-même, chez soi.

Cette solution "mixte" vous semble-t-elle relativement concevable (pour ceux qui en ont les moyens) ou au contraire une fausse bonne idée ?

Quoi qu'il en soit, merci beaucoup pour le temps que vous avez déjà consacré à me répondre. Bien cordialement.
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Rémi Chaussenot 19 octobre 2018
Re bonjour Jerry,

En réponse courte et en toute franchise : je ne sais pas.

De façon plus détaillée, je peux ajouter :

Premièrement, on ne l’a pas abordé : la séance de « calibration » (ce qu’on appelle dans notre jargon, évaluation initiale) n’est pas unique. Une seconde est réalisé à mi-parcours (évaluation intermédiaire) pour jauger des progrès et éventuellement apporter des modifications au protocole avant de débuter la généralisation. Ensuite, on effectue une évaluation finale, pour voir ce qui a changé.
En général, dépendant du praticien, une évaluation (souvent gratuite) est proposée à 6 mois, pour voir si les changements se maintiennent bien.
C’est les trois seuls moment où l’abonnement à la base de donnée est « utilisé ».

Concernant l’ordinateur, j’ignore où vous avez lu cela.
L’ordinateur (enfin, surtout le logiciel de Neurofeedback) est lié au matériel, donc vous venez les mains dans les poches et le praticien fourni tout. A mon avis, on parle ici du NeurOptimal.

Ensuite, effectuer l’entrainement chez soi.
D’une part, il faut être deux (croyez-moi, placer l’électrode au bon endroit, seul, c’est ultra-compliqué).
Ensuite, cela va impliquer d’arriver à se motiver, et d’établir au cours du temps différents protocoles. La praticien est aussi là pour :
- vous proposer des exercices en adéquation avec votre profil / ce qui vous motive ;
- vous proposer des exercices en fonction de ce qui marche (et il y a nécessité d’avoir l’œil sur l’EEG temps réel, ce qui est délicat vu que le patient a les yeux sur le feedback visuel) ;
(par "exercice", j'entends aussi, sur du matériel pédagogique "réel", tout n'est pas numérique dans le neurofeedback)
- vous mentir (faire des séances sans en divulguer le but, dans l’optique d’étudier votre réponse en aveugle) ;
- vous tester (sans nécessairement, vous le dire encore une fois).
Bref, le praticien, il joue quand même un gros rôle.

Sur des cabinets un peu plus gros (avec plusieurs praticiens), je sais qu’ils changent les heures de rendez-vous / praticiens, pour éviter la « routine » et potentialiser d’autant les résultats.

Je ne vous dirais pas que c’est impossible, mais dans la case « témoignages / anecdotes », je ne connais personne qui ait été satisfait d’un auto-neurofeedback, et d’ailleurs, pour la certification BCIA, on nous impose 10h d’entrainement en neurofeedback…. Sous la supervision d’un autre praticien. Donc, dans le domaine, or mis Koala qui développe une solution « autonome » (dont on ignore tout, comme l’étude n’est pas sortie, je l’attends), pratiquer seul le neurofeedback, je n’ai rien vu de qualitatif.

Donc j’aurai tendance à vous dire que c’est une fausse bonne idée.
A titre personnel, si le neurofeedback fonctionne comme vendu (conditionnement opérant), je ne vois pas pourquoi l’auto-entrainement ne fonctionnerait pas. En revanche, cela nécessite une approche différente de ce qui se fait actuellement (c’est tout l’intérêt de ce qu’aurait développé Koala spécifiquement pour le TDA sans comorbidité ni médication) que le ProComp ne semble pas offrir.
Après, dans mon milieu, il y a une levée de bouclier contre ces « neurofeedback assisté par les algorithmes », vu que visiblement, tous pensent que le praticien est indispensable. Perso, je pense qu’avec de bons algo, on pourrait arriver à un résultat proche (pas aussi bien, le praticien, coût et compagnie, sont aussi des facteurs de réussites, bonjour l’effet placebo qui potentialise le résultat net).

Donc après, ça se négocie avec le praticien, mais j’aurai du mal à louer (donc faire payer) du matériel à un patient en lui disant « ça va vous coûter moins cher et ce sera aussi bien ». Ce serait un mensonge, dont la racine provient probablement des pseudo-neurofeedback qui ont pu faire croire que c’était possible. Dans 10 ans, peut-être, aujourd’hui, c’est un pari.

Et en soit, on ne se pose pas la question de faire de la kiné sans kinésithérapeute ou de se faire soit même son ordonnance de médicament quand on est malade, je ne comprends pas trop pourquoi se poser cette question pour le neurofeedback
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Jerry Cornelius 19 octobre 2018
Bon bon, merci, c'est très clair.

Pourquoi même poser la question ? Hmm, je peux vous donner mes raisons, sans prétendre avoir raison. On peut certes comparer cela avec une consultation chez le médecin pour des problèmes physiques, mais aussi avec le fait d'aller à la salle d'entraînement sportif (ce qui est également une affaire de santé) et de se dire "tiens, je pourrais m'acheter quelques équipements, tapis roulant, etc. et m'entraîner chez moi". Plus fondamentalement, il y a sans doute aussi le sentiment que le cerveau et l'esprit sont des choses encore plus personnelles que le corps, certes très intime également, mais légèrement plus... "périphérique", dans la conception qu'on s'en fait spontanément (sans vouloir entrer dans les débats matérialisme/idéalisme/dualisme...). Et puis l'époque actuelle encourage un peu à "hacker" les choses soi-même, et quoi de plus passionnant que de (mieux) maîtriser son esprit, si l'on pouvait ?

(oui, pour l'installation du logiciel sur son propre ordinateur, j'ai sûrement confondu avec NeurOptimal.)

Une dernière question que j'avais oublié de poser : j'ai visité pas mal de pages Web mais il ne me semble pas avoir trouvé d'infos sur la périodicité des séances. Est-ce une fois par semaine ? Une fois par mois ?

Bien à vous.
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Rémi Chaussenot 19 octobre 2018
Bonsoir Jerry,

Sur votre dernière question, d'après les études, une par semaine est trop peu, deux est un bon rythme et trois n'apportent pas vraiment plus de résultats. Donc, je dirais 2 fois par semaine.

Sur ma dernière phrase, c'était une boutade rhétorique.
Effectivement, l'idée de vouloir pousser l'entrainement à domicile n'est pas bête, j'ai d'ailleurs parlé dans l'un des articles que j'avais fait des fouilles pour, sans succès (notamment pour des électrodes sèches, car comme je disais, c'est compliqué de poser une électrode avec pâte sur la tête, seul).
Après, sur la notion du cerveau/esprit, c'est un débat passionnant. Dans ma conception des choses (qu'un de mes interlocuteurs a qualifié de "fondamentaliste", il me semble), un être biologique se compose d'un assemblage de protéines, qui forment des cellules, qui forment des organes et qui forment un corps. Donc, rien de plus mystérieux que le fonctionnement d'un muscle ou du cœur. Mais comme on en sait moins que sur les autres organes, c'est la voie libre à toutes les interprétations et c'est d'ailleurs la ligne de défense de ceux qui refusent le neurofeedback assisté par les algorithmes que de dire "un ordinateur ne pourra jamais comprendre un cerveau humain ni remplacer la relation avec le praticien".

Sur l'idée de hacking, ben, même chose, j'ai moi-même essayé, c'est une super approche et c'est pourquoi je prends le temps d'en discuter avec vous, c'est vraiment un sujet valable.
Après, rien n'empêche d'acheter du matériel de neurofeedback (voir de biofeedback cardiaque, qui lui peut se faire seul et coûte une fraction du prix), et de "jouer" avec à la maison, par curiosité. Mais, ça va demander beaucoup d'effort et de lecture pour arriver à faire aussi bien que quelqu'un de formé. Derrière, les mêmes règles s'appliquent que pour l'entrainement sportif, attention au sur-entrainement et si l'entrainement est mal fait, le neurofeedback peut faire plus de mal que de bien.

Voilà voilà, merci à vous,

R.