par Rémi Chaussenot
le 13 mars 2018
Vu la date de mon dernier billet, je n’ai pas eu le temps de le communiquer avec vous : ça y est,je suis Docteur en Neurosciences depuis juin ! Je retravaille actuellement mon site-CV pour mieux présenter mes activités des derniers mois (et je vous filerai le lien), mais en gros : je suis maintenant micro-entrepreneur en recherche & développement en biotechnologie depuis une dizaine de jours. De façon imprévue, je me suis lancé dans le Neurofeedback (la formation m’ayant été payée par l’Association Un Sourire pour l’Espoir où je suis au conseil scientifique) fin novembre dernier.



Pour commencer, expliquons à ma Mamie ce qu’est le neurofeedback (parce que je sais que tu me lis Mamie).

Déjà, le neurofeedback, c’est du neuro-feedback. En français scientifique, « feedback » signifie « rétrocontrôle », ce qui ne doit pas vous parler. Dans le français commun, un « feedback », c’est un « retour ». Par exemple, dans ma pratique du tir à l’arc, mon « retour » est visuel : c’est la position de ma flèche en cible. Si elle est à gauche de la cible, je sais que pour la prochaine, je dois plus viser à droite. Du coup, du « neuro-feedback », c’est pratiquer un retour de l’activité du cerveau.

Et voilà une flèche trop à gauche :-)
Et voilà une flèche trop à gauche :-)

Et pour cela, c’est ultra-simplissime : on enregistre l’activité de votre cerveau avec des électrodes placées sur votre crâne (électrodes passives d’enregistrement, on n’injecte pas d’électricité, hein) et cette activité est représentée sous forme de courbe à l’écran en continu et en temps réel.

Voilà une activité de mon cerveau (pas très belle, vu que c’était un test…)
Voilà une activité de mon cerveau (pas très belle, vu que c’était un test…)

Ici, on voit l’activité du cerveau en temps réel en haut, mais c’est les trois jauges qui donnent un retour sur l’activité du cerveau au patient (ou la vidéo en lecture/pause à droite ainsi que la musique car le patient a un casque audio) : il a des seuils, si la barre est verte, c’est bon signe, si c’est rouge, c’est mauvais signe ! :-)
Ici, on voit l’activité du cerveau en temps réel en haut, mais c’est les trois jauges qui donnent un retour sur l’activité du cerveau au patient (ou la vidéo en lecture/pause à droite ainsi que la musique car le patient a un casque audio) : il a des seuils, si la barre est verte, c’est bon signe, si c’est rouge, c’est mauvais signe ! :-)

Si cette activité est anormalement élevée, ou anormalement basse : le patient va le voir sur l’écran pour apprendre à la normaliser et aura un retour en temps réel de cette nouvelle activité sur l’écran, lui permettant de se corriger. Et un moyen simple de le faire, c’est par exemple en mettant une vidéo sur pause, pour vous prévenir que là, ce n’est pas bon. Dès que la vidéo reprend, c’est que cette fois-ci, c’est bon.

Avec de l’entrainement, vous n’aurez même plus besoin du « retour » pour vous corriger, ce sera automatique. De la même façon que maintenant, même les yeux fermés, je peux tirer à l’arc. Après beaucoup beaucoup (beaucoup) d’entrainement, je n’ai plus besoin du retour visuel, ma position me suffit pour savoir où ira la flèche (rarement là où je veux, soyons honnête…..). BINGO ! Vous êtes maintenant expert en Neurofeedback.

Presque. On n’enregistre pas tout à fait l’activité de votre cerveau, mais le champ électrique émis par vos neurones corticaux, et ce n’est pas une courbe, mais un histogramme fréquentiel après une transformation de Fourier…. Mais bon, après tout, peu importe. A vrai dire, ce que j’aime dans le neurofeedback, c’est que cette pratique d’apprentissage repose sur un concept que je connais bien et qui a fait parti de mon sujet de recherche en doctorat : le conditionnement opérant. Le conditionnement opérant, c’est tout simple.

Le conditionnement opérant s'intéresse à l'apprentissage dont résulte une action et tient compte des conséquences de cette dernière rendant plus ou moins probable la reproduction du dit comportement. (…) La conduite humaine est conditionnée par les conséquences du comportement, avant que celui-ci n'intervienne. À cela s'ajoute la réponse du sujet qui est volontaire, parce que motivé à être récompensé.

Merci Wikipedia, ce n’est absolument pas clair

En gros, le conditionnant opérant dit que quand vous faites une connerie, vous n’allez pas la reproduire et si vous faites un truc positif, vous allez le refaire. Fastoche. Mais pour qu’il fonctionne, il faut une récompense. Au tir à l’arc, une flèche en milieu de cible est ma récompense. En neurofeedback, la reprise de la vidéo est la récompense, dans mon exemple précédent.

Il y a tout un pan de la littérature scientifique sur ce conditionnement opérant (c’est par exemple lui, qui explique les superstitions, fascinant, n’est-ce pas ?). Et pour qu’un conditionnement opérant fonctionne, il y a plusieurs étapes clefs à mettre en place. Je l’ai fait pendant des années avec des souris, maintenant, je peux le faire sur l’Humain (oups, un excès de curiosité…) !

Tout d’abord, on commence par une étape de façonnement : on va renforcer des comportements proches du comportement cible. Par exemple, quand ma souris se rapprochait de la pédale, elle était récompensée. Puis un jour, elle va tellement se rapprocher que par hasard, elle va appuyer dessus, et re BAM récompense ! J’avais donc décomposé une action complexe (s’approcher de la pédale puis appuyer dessus) en deux actions simples récompensées, pour que la souris reste motivée même si son comportement n’était pas tout à fait parfait. En neurofeedback, on fait pareil : on va faire jouer la vidéo même si vous n’êtes pas parfait, car cela est plus simple au début et petit à petit, vous allez vous améliorer.

Une souris dans une voiture, parce que, vous l’aurez compris, j’adore les souris !
Une souris dans une voiture, parce que, vous l’aurez compris, j’adore les souris !

Ensuite, c’est bien beau que ma souris sache appuyer sur une pédale dans une boite carrée, mais si les conditions changent (par exemple quand elle sera dans sa Lamborghini), ma souris doit apprendre à appuyer aussi sur la pédale dans cette nouvelle boite voiture. C’est la phase de généralisation. Et là, c’est le gros du travail du praticien en neurofeedback. Vous apprendre à contrôler votre cerveau en cabinet, c’est facile, mais petit à petit, on va avoir à être créatif pour mimer des situations de votre quotidien -qui posent problème- pour que vous arriviez dans ces situations à généraliser votre apprentissage en cabinet. 

Du coup, vous vous en doutez, le neurofeedback, c’est de l’apprentissage, du travail actif et en fait, c’est un peu comme le débat actuel sur l’école. Pour qu’un élève apprenne bien, il faut :

  • qu’il soit attentif : donc arriver à le captiver et le canaliser. Cela peut-être une vidéo qu’il aime bien, par exemple.
  • qu’il soit actif : on apprend mieux une tâche si on la réalise nous même que si on est passif à écouter un prof nous expliquer.
  • qu’il ait un retour : un peu comme dans le neurofeedback ! ;-)
  • qu’il ait le temps de consolider l’acquis.

En science de l’éducation, on estime qu’il faut répéter au moins 8 fois une information espacée au minimum de 2j, pour que cette information soit acquise. Et de mon expérience de prof, on est gentil quand on dit 8 fois….

Et c’est là, le problème du NeurOptimal. On ne demande pas à la personne d’être attentive à la tâche. Ni même d’être moteur de l’apprentissage, juste assise et attendre. Il y a un retour, mais la communauté scientifique ignore comment il est donné : « secret de fabrication », « algorithme privé » et j’en passe (ce machin dont j'ignore tout ira sur ma tête, hein)…. Et la phase de consolidation n’existe pas : le marketing du NeurOptimal, c’est 8-10 séances maximum. Et le praticien ne fait rien : il n’aide pas à la généralisation ! D’autant plus que dans le neurofeedback, on prend le temps d’évaluer le patient (enregistrer toute l’activité cérébrale simultanément avec 19 électrodes, pour discerner les régions qui ont le plus besoin de travailler) et de cibler des régions spécifiques pour l’entrainement (en frontal, sur les côtés, à l’arrière du crâne…), alors que NeurOptimal il colle deux électrodes, toujours au même endroit, pour tous les patients…. Bonjour la personnalisation du traitement….

L'effet placebo VS la médication VS le guérissement naturel
L'effet placebo VS la médication VS le guérissement naturel

« Mais ça marche, le NeurOptimal ! », me diront les fervents défenseurs de ce matériel commercial. Soyons honnêtes, oui, ça marche. Je ne nierai pas que le NeurOptimal a un effet bénéfique à court terme. Sauf que ce n’est pas lié à l’entrainement par le NeurOptimal, mais à un joli effet placebo (cette vidéo de Mr Sam est géniale de pédagogie pour comprendre l’homéopathie) : prise en charge, attente du patient, remise en question, attention à de nouveaux détails de la vie…. Bref, le NeurOptimal, c’est un peu l’homéopathie moderne. Et l’Homéopathie, ça fonctionne bien pendant quelques jours -le temps que le corps se guérisse tout seul-, mais s’il y a vraiment un problème : il est temps de passer à un traitement médical (au passage, « traitement médical » = traitement qui a plus d’effet que le seul effet placebo, car l’effet placebo, c’est un vrai processus physiologique qui a de l’effet).

Et dans le neurofeedback, je ne vais pas vous mentir : les premières séances, c’est le temps que votre effet placebo retombe. Le vrai travail commence une fois que ça devient chiant, que vous êtes un peu moins dans la découverte et l’émoi du début. Un peu comme un jeune couple dopé aux hormones les premiers mois, qui après quelques années, où les hormones sont retombées, se voit contraint de faire un travail (des concessions) pour que le couple tienne. Le neurofeedback, c’est attendre la fin de cet effet placebo, pour commencer le vrai travail et que votre cerveau commence à faire des concessions car vous ne lui laissez pas le choix.


On sait ce qu’est le neurofeedback, mais ça sert à quoi ?

Hé bien, cela sert à beaucoup de choses, mais ce n’est pas une thérapie miracle. Plus l’apprentissage sera long, plus les progrès seront forts. En 2016 (donc il y a deux ans, oui), le neurofeedback était aussi efficace (et plus spécifique avec moins d’effets secondaires) que les traitements chimiques pour le trouble déficitaire de l’attention avec/sans hyperactivité. Son efficacité n’est pas à remettre en doute pour l’anxiété, les troubles dépressifs, les maux de têtes, l’hypertension, ou les dysfonctions érectiles (sans blague, hein). 

Le point commun ? Tout se base sur l’attention, le contrôle émotionnel ou le contrôle moteur…. Qui sont les cibles de l’entrainement du neurofeedback. D’autres études moins carrées, semblent émettre l’interprétation que le neurofeedback serait aussi efficace pour les problèmes de toxicomanie, pour le trouble du spectre autistique (encore un bout de ma thèse!), les insomnies, ou l’amélioration des performances sportives (notamment pour la concentration chez les Archers, il y a de belles études !)… bref, c’est un champ de recherche très vaste, plus de 1 000 études d’après Pubmed qui est la bible pour les scientifiques (spolier : 0 étude sur le NeurOptimal).

Cet article est déjà bien long, dans les prochains jours, je vous parlerai du déroulement d’une séance, du groupe de praticien en neurofeedback qui se forme à Paris, de l’Association Française de Biofeedback et Neurofeedback qu’on est en train de monter (et où je suis au conseil d’administration), du matériel que je suis en train de développer (le temps de trouver des cobayes pour affiner l’enregistrement, car oui, je creuse le fonctionnement du neurofeedback plus que nécessaire pour développer mes propres outils, validés selon mes exigences de scientifique) et probablement aussi de la communication de NeurOptimal, car vous connaissez ma passion de la Zététique et de l’Esprit Critique (cf mon article juste en dessous) et vous verrez qu’entre NeurOptimal et les fake news, il n’y a pas beaucoup de différences.

Alors n’hésitez pas à repasser, à commenter si vous voyez des coquilles, et revenez vite ! :-)



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