par Rémi Chaussenot
le 31 mai 2018

Depuis de nombreuses semaines, je dialogue quasi-quotidiennement avec Jean-Loup Drouet, webmaster des sites biofeedback.fr et neurofeedback-information.fr. J'ai découvert le site biofeedback.fr, il y a bien des années (il a ouvert en 2007!), quand je m'intéressais à la construction d'un casque EEG maison. Les informations très pertinentes de Jean-Loup (que je ne connaissais pas à cette époque), m'ont vite dissuadées au vu de la complexité de la chose et de la technologie pas encore au point (notamment niveau électrodes sèches).

C'est donc avec plaisir que j'échange avec lui à présent, d'autant plus qu'il possède tout un tas de ressources et de critiques pertinentes (qui m'ont grandement aidé à rédiger cet article, merci), notamment sur le NeurOptimal. Par exemple, sur cette page, il compare avec précisions les spécifications techniques de NeurOptimal par rapport à un système de neurofeedback.

Plus particulièrement, dans ses commentaires, il note (j'ai d'ailleurs fact-checké un site NeurOptimal ici) : 

Par ailleurs, chaque utilisateur est encouragé à réaliser un site Web et incité ensuite à créer un lien pointant vers un annuaire afin d'influer sur Google (voir site de l'ADNF). Vous avez donc toutes les chances d'arriver sur du "Neurofeedback Dynamique" en cherchant des informations sur le Neurofeedback. L'abondance de ces sites a pour effet de rendre cette méthode virtuellement particulièrement intéressante et donc certainement très efficace...

Jean-Loup Drouet


Le neurofeedback ne serait pas un traitement médical ?
Le neurofeedback ne serait pas un traitement médical ?

L'ADNF ? C'est, "l'Association pour la Diffusion du Neurofeedback en France". D'après les statuts de l'Association et son règlement intérieur (RI), librement disponible sur leur site, on peut y lire pêle-mêle :

  • Cette association a pour objet de diffuser le neurofeedback en France mais cet objet n'exclut pas des interventions à l'étranger. (statuts)
  • L'association met à la disposition de ses membres des équipements de neurofeedback au siège de l'association ou à domicile. (statuts)
  • Le neurofeedback n'est pas un traitement médical mais plutôt une saine gymnastique du cerveau. (RI)
  • Les informations fournies par l'ADNF concernant les bienfaits du neurofeedback sont le reflet le plus fidèle possible de la littérature anglo-saxonne sur le sujet mais ne constituent en aucun cas une garantie de résultat. (RI)

Les statuts d'une Association définissent le cadre légal d'action de l'Association, ils la protègent et doivent être transmis à la Préfecture. C'est assez rare de les modifier, car cela signifie que l'Association prendrait un autre cap que celui initialement défini par les fondateurs. Mais ils peuvent être mis à jour suite à un vote en Assemblée Générale Extraordinaire où sont réunis les adhérents, spécifiquement convoqués à cette fin. C'est souvent pour mettre à jour des petites choses (adresse du siège social, adresse du site internet, etc....). Dans mon club sportif, on a par exemple mis à jour nos statuts datant de 1988 (!) en 2016, pour intégrer les nouvelles technologies : adresse e-mail, site internet, noms de domaine....

Le Règlement Intérieur lui, vise à préciser le fonctionnement quotidien de l'Association et à préciser les critères d'applications des statuts. Il se change assez facilement lors de l'Assemblée Générale annuelle. Il peut donc évoluer avec l'Association et reste globalement un bon reflet de ce que fait l'Association.

Plusieurs choses me dérangent déjà dans ces affirmations.


Diffuser le neurofeedback en France

Déjà, l'Association veut diffuser le Neurofeedback en France, mais son site précise explicitement : L'ADNF utilise l'équipement de neurofeedback professionel NeurOptimal™ de la société Zengar Institute (Le Président de l'ADNF m'a expliqué qu'initialement, l'ADNF n'avait pas choisi NeurOptimal, la solution s'est imposée pour des raisons de coût / simplicité au fil du temps).

Donc ils diffusent du neurofeedback, mais que en utilisant NeurOptimal (Jean-Loup explique sur cette page pourquoi NeurOptimal n'est pas du neurofeedback et je reprends globalement les mêmes arguments dans mon précédant article).

J'ai naïvement demandé que l'on m'explique en quoi NeurOptimal était du Neurofeedback, et j'ai eu la réponse suivante :

Il existe plusieurs sortes de neurofeedback et NeurOptimal en est une parmi d'autre. NeurOptimal renvoie à la personne une information sur son fonctionnement cérébral mais l'apprentissage qui en découle se fait inconsciemment au lieu de se faire par conditionnement opérant. (...)

La définition du neurofeedback peut préciser que l'apprentissage qui en découle doit se faire par conditionnement opérant mais c'est dommage si cela exclue les autres formes d'apprentissage.

ADNF

Ce qui me dérange dans cette affirmation : c'est que le neurofeedback, c'est une branche particulière du biofeedback. Et le biofeedback, dans sa définition même repose sur le conditionnement opérant. Donc déjà, gros problème. Ce serait comme dire qu'il existe différents types de tir à l'arc et que le tir au pistolet serait une variante parmi d'autres. Ce serait probablement exact si le pistolet en question tirait des flèches plutôt que des balles (pour l'anecdote, le tir à l'arbalète dépend de la Fédération de Tir (au pistolet / carabine), car la posture / vitesse du projectile est plus proche du tir que du tir à l'arc).... Si NeurOptimal ne repose pas sur du conditionnement opérant, appeler cette technique "neurofeedback" est faux. Après, oui, "c'est dommage" que la définition du Neurofeedback ne colle pas avec le fonctionnement du NeurOptimal, mais bon, la science quoi.

J'ai également contacté la BCIA, l'organisme international de certification en Biofeedback, en leur posant une question très simple : Is neurofeedback based on operant conditioning ? Can a solution that is not based on operant conditioning be called neurofeedback ? (Le neurofeedback est-il basé sur le conditionnement opérant ? Une solution qui n'est pas basée sur le conditionnement opérant peut-elle être appelée neurofeedback ?) et j'ai obtenu la réponse suivante :

Yes – neurofeedback is based on operant conditioning.

Biofeedback Certification International Alliance (BCIA)

La BCIA n'aime pas parler de matériel, ils préfèrent parler des protocoles de neurofeedback, mais la réponse a le mérite d'être claire....

(Dans le détail, le neurofeedback repose aussi sur du conditionnement classique, et tous les mécanismes sous-jacent de plasticité neuronale, mais l'ingrédient majoritaire reste le conditionnement opérant)


Le neurofeedback est une saine gymnastique du cerveau

Consentement à l'utilisation de NeurOptimal
Consentement à l'utilisation de NeurOptimal

Ensuite, ils précisent que le neurofeedback n'est pas un traitement médical.

Quand on sait que le Neurofeedback a démontré le plus haut niveau d'efficacité et de spécificité dans le cadre du traitement du TDAH.... ben, personnellement, je trouve que le neurofeedback, c'est bien un traitement médical (si pratiqué par une personne diplômée en médecine, hein).

Je précise le diplôme en médecine, histoire qu'on ne me reproche pas la pratique illégale en médecine, mais Louis Mayaud de Mensia (qui développe un système de Neurofeedback automatique pour le TDAH, scientifiquement robuste et médicalement reconnu), précise à ce propos :

"Je ne pense pas que ce soit strictement nécessaire. Il y a beaucoup de raisons techniques et psychologiques pour lesquelles cela [un praticien diplômé en médecine] a été indispensable jusqu'à présent et pour lesquelles cela peut aussi avoir un bénéfice aujourd'hui. Il faut aussi prendre en compte que cette présence présente également des limitations la plus importante d'entre elles étant la variabilité inter-individuelle et donc le fait que l'efficacité est fonction du praticien."

NeurOptimal, par contre, ne l'est définitivement pas, Zengar l'entreprise qui commercialise le produit écrivant : "Le NeurOptimal n'est pas une méthode, un appareil ou un traitement médical. Ce système n'a pas été validé pour une quelconque application médicale par la FDA ou toute autre organisme gouvernemental." (source sur le site biofeedback.fr).


Les informations fournies par l'ADNF sont le reflet de la littérature anglo-saxonne

Enfin, l'ADNF certifie que les informations qu'elle fournie sont le reflet le plus fidèle possible de la littérature anglaise. En allant sur le site de l'ADNF, dans la rubrique "Quelques études scientifiques et autres analyses sur le neurofeedback dynamique NeurOptimal", le premier lien menait à l'exposé powerpoint d'un élève de collège qui testait NeurOptimal. Alors certes, c'était bien anglais, mais niveau littérature scientifique, c'était très discutable (depuis retiré de leur site -et apparition de la mention "autres analyses" dans le titre pour inclure leurs powerpoint-, suite à mes remarques).

J'ajouterai qu'actuellement, la majorité des ressources(*) fournies comme "littérature anglo-saxonne" (et suite à mes commentaires, comme "autres analyses") par l'ADNF ne sont que des présentations PowerPoint / Article de blog. Elles n'ont donc pas été publiées dans une revue internationale à comité de lecture et ne peuvent donc pas être considérée comme "littérature". En science, la littérature réfère à des articles publiés, qui ont été revus par les pairs. Au mieux, le terme que l'on peut utiliser est "étude exploratoire" ou "résultats préliminaires qui doivent être complétés".

(*) Dans le détail, le site de l'ADNF donne 11 ressources :

  • 4 sont des présentations PowerPoint, donc pas de la littérature scientifique ;
  • 3 sont des articles de blog / une thèse qui n'a fait l'objet d'aucune publication, donc idem ;
  • 2 résumés d'articles scientifiques, impossible à retrouver sur le site de la revue, je me pose la question de si les auteurs ont vu leur article rétracté / retiré par la suite ;
  • 2 articles scientifiques publiés dans des revues à mauvaise réputation, dont les auteurs avouent que plus de données seraient nécessaires. Le matériel repose sur l'ancien modèle (avec le ProComp et non pas le zAmp dont on ignore tout), donc ne semble plus d'actualité de toute façon.

Afin de ne rien laisser au hasard, j'ai également regardé les ressources "Recherche" données sur le site de Zengar, constructeur du NeurOptimal. Elles sont au nombre de 25 :

  • 15 sont des présentations PowerPoint, donc pas de la littérature scientifique ;
  • 3 sont les mêmes articles de blog / thèse que sur le site de l'ADNF, donc idem ;
  • 4 sont des résumés dont l'article est introuvable / des résumés de conférences ;
  • 3 sont des vrais articles scientifiques, qui traitent du Neurofeedback, sans jamais faire mention de la solution de Zengar.

Donc ici aussi, c'est assez pauvre niveau littérature scientifique.


L'ADNF ne s'appuie pas sur la méthode scientifique

Suite à mes deux articles précédents sur le NeurOptimal, j'ai été contacté par le Président de l'ADNF. On a échangé quelques (très longs) e-mails. A vrai dire, le chapitre NeurOptimal était clos pour moi, je pensais en avoir fait le tour. Mais comme j'ai longuement échangé avec le Président de l'ADNF et effectué un gros travail de debunkage de son discours, j'ai pris conscience que l'ADNF avait un gros problème : cette association ne s'appuie pas sur la méthode scientifique.


Et c'est vraiment malheureux, vous savez. L'Associatif, c'est une grosse partie de ma vie. J'adore cela, car une association, c'est un regroupement de personnes qui possèdent le même centre d'intérêt et donc permet des discussions riches, permettant d'aller plus loin que seul dans son coin. Quand j'ai cofondé le collectif Wake Up Paris (un regroupement de personnes laïques suivant les enseignements du moine zen Thich Nhat Hanh), au début, certains voulaient intégrer des pratiques ésotériques voir mystiques : on a discuté et j'ai expliqué que la méditation de pleine conscience, c'était une science, on n'avait pas besoin d'utiliser des pseudo-sciences. Quand je suis arrivé au club de Tir à l'Arc, un sous-groupe d'Archers se disant "Chevaliers" a essayé d'introduire ce côté traditionnel dans le club. Le problème, c'est que la chevalerie découle d'un mouvement religieux et garde cet aspect très fermé / hiérarchique qui n'a rien à faire dans de l'Associatif (et le sport). 7 ans plus tard, j'ai développé un pan entier de l'archerie traditionnelle dans le club, me basant sur des textes historiques et j'ai réussi à faire acheter des arcs traditionnels anglais et coréen au club pour les prêter en initiation. Deux archers ont acheté un arc anglais, une un arc coréen, un autre va acheter sous peu un arc mongol, et les débutants lorgnent déjà sur cette pratique traditionnelle. Tout ça, en parlant uniquement sport, et non plus religion ou chevalerie fermée. Il y a sept ans, je ne connaissais rien à l'archerie traditionnelle : je me suis documenté, formé, pour comprendre ce que c'était. Et ensuite le diffuser dans mon club (et c'est marrant de voir, qu'en sept ans, cette pratique s'est démocratisée en France, on trouve beaucoup plus de matériel traditionnel / ressources dessus qu'en 2011, où je devais acheter mes arcs à l'étranger).

Que ce soit dans le cadre spirituel de Wake Up Paris ou dans un club de tir à l'arc, la science nous a aidé à avoir une meilleure pratique, une que n'importe qui peut vérifier !

Alors, je ne comprends pas comment l'ADNF, qui existe depuis 2003, ne s'est jamais posée la question de la science derrière le Neurofeedback et NeurOptimal. Une Association, du moins, les bénévoles la composant ont le devoir de fournir une information de qualité à ses membres. On rejoint une association car des gens ont plus réfléchi que nous à la question et que l'on désire apprendre d'eux.

J'ai donc demandé pourquoi l'ADNF ne se reposait pas sur du matériel de neurofeedback validé scientifiquement. Si le positionnement de l'ADNF de ne promouvoir que du matériel "simple d'utilisation" (à domicile, sans nécessité de praticien) se défend (après tout, pourquoi ne pas fonder une association qui promeut uniquement de la chirurgie à domicile sans chirurgien ?), en revanche, j'aime moins la réponse de l'ADNF concernant sa vision de la science :

Question de mesure, tout ne peut pas être prouvé par une étude scientifique, même si ce serait l'idéal. Il faut souvent se contenter de moins pour des raisons pratiques. (...)

Oui, le fait que ce soit prouvé scientifiquement n'est pas notre premier critère de sélection car il y a de bons produits qui ne répondent pas à ce critère et dont nous ne voudrions pas priver les utilisateurs.

ADNF

Qu'on soit bien clair : ne pas pouvoir prouver l'existence de Dieu et donc faire appel à la foi, c'est correct. On ne peut pas prouver l'existence de Dieu. Par contre, prouver l'efficacité d'un matériel (NeurOptimal ou Neurofeedback) associé à un bon protocole d'entrainement, cela se fait. Il n'y a donc aucune raison de se contenter de moins. J'évoquais à l'ADNF que c'était de l'éthique personnelle de se poser la question de l'efficacité de NeurOptimal quand on est une association qui le promeut. Visiblement, cela serait "hors du champ de l'ADNF", car elle considère qu'il faut souvent se contenter de moins que la science. Vous voilà prévenu : le critère de sélection de l'ADNF n'est pas l'efficacité clinique, c'est les témoignages des utilisateurs (et un témoignage, c'est loin d'être une preuve, du fait de l'effet placebo).

J'ai abordé brièvement le cas de Mensia, qui a dégotté 3.6 million d'euros de l'Europe pour mener une étude clinique sur leur solution Koala. L'ADNF explique que du coup, pour eux, c'est facile de faire de la science. Mais pourquoi Zengar n'a jamais déposé ou obtenu de projet pour faire valider sa solution ? D'après Societe.com, Mensia a été fondé en 2012, ce qui fait à la louche, dix ans plus tard que Zengar.


NeurOptimal : une machine mystère aux nombreuses vertus

et ceux dont l'efficacité est scientifiquement prouvée
... et ceux dont l'efficacité est scientifiquement prouvée

Ensuite, j'ai posé des questions techniques sur NeurOptimal : l'ADNF promeut uniquement cette solution, je me suis donc dit, qu'ils avaient creusé le sujet.

Là aussi, l'ADNF botte en touche : "Effectivement, Zengar ne communique pas sur son implémentation technique du zAmp.", "Val Brown ne communique pas précisément son algorithme de calcul de la survenue d'une turbulence(*)".

Donc, à l'image d'à peu près tout le monde, l'ADNF ignore le fonctionnement de NeurOptimal. Et là, sincèrement, c'est vraiment une question que je me pose : pourquoi Zengar ne fait pas un brevet pour protéger leur technologie et la diffuser ? A ma connaissance, c'est le cas classique. A ma faculté, en temps que chercheur qui bossait sur de la thérapie génique, je recevais régulièrement des mails de notre service juridique pour qu'on soit suivi afin de faire du dépôt de brevet.

(*) En 2018, aucun chercheur n'a jamais pu observer ces "turbulences".


C'est globalement tout ce que je reproche à l'ADNF. Je ne parle pas de leur site internet, je pourrais y passer ma vie, tant il y a confusion entre NeurOptimal, Neurofeedback, ce que démontre la science.... A la limite, mon article précédent reprend bien le biais de communication de tous ces sites NeurOptimal.

Ah si, une chose tout de même sur le site de l'ADNF. On ne peut pas leur reprocher de ne pas communiquer autour du Neurofeedback, ne serait-ce qu'au vu de la longue page de liens, qui met à disposition de l'utilisateur, des liens de qualité (malheureusement noyés dans d'autres liens beaucoup plus discutables). Et je ne dis pas que cela, car il y a des liens vers les sites de Jean-Loup ou le mien (quoique, c'est toujours chouette la flatterie, hein).

Jean-Loup et moi avons un traitement particulier, avec un lien renvoyant vers cette note de bas de page :

Note de bas de page sur le site de l'ADNF
Note de bas de page sur le site de l'ADNF

Il est important de le préciser : Ni Jean-Loup, ni moi, ne commercialisons de matériel de Neurofeedback.

Nous ne vous conseillerons jamais de matériel précis (on n'utilise pas le même matériel, d'ailleurs), car en Neurofeedback, ce n'est pas le matériel l'essentiel : c'est la qualité du signal EEG et le protocole utilisé (NeurOptimal ne propose aucun outil permettant de vérifier le signal EEG et son protocole est "secret industriel"). De même, sur le plan économique, nous exerçons une activité locale (on ne peut pas louer du matériel qui sera utilisé à l'autre bout de la France à l'image de NeurOptimal), donc pour vous le dire clairement : ces articles sont une activité bénévole et 95% des gens qui me contactent pour faire du Neurofeedback sont renvoyés vers d'autres praticiens (de qualité) car ce n'est pas mon secteur géographique (et je ne prends aucune commission, hein). Je ne peux donc pas valoriser de "produit" : il n'y a en pas. Ce que je valorise, c'est le Neurofeedback. Et d'ailleurs, je ne dénigre pas NeurOptimal, j'essaie de vous informer sur l'opacité de cette solution / de leur business model.

Et une fois encore, en tant que thérapeute, au final, ce qui importe, c'est de se baser sur des faits scientifiques, validés, vérifiés, afin de vous fournir la meilleure prise en charge thérapeutique.


NeurOptimal est ouvert à la science

Après, le Président de l'ADNF a bien conscience que son Association promeut une solution non scientifiquement démontrée. Et même si je vois bien dans nos échanges qu'il ne comprend pas vraiment ce qu'est la méthode scientifique, il met en avant une volonté certaine de Zengar d'aller vers plus de preuves scientifiques :

Je m'appuie sur 3 faits pour dire que l'institut Zengar est ouvert aux preuves scientifiques :

1) Zengar a embauché un directeur de recherche pour accompagner les études en cours.

2) Zengar met gratuitement ses équipements à dispositions des chercheurs souhaitant réaliser une étude scientifique.

3) Zengar a intégré dans la nouvelle version la possibilité de faire des séances en triple aveugle.

Concernant l'ADNF, je vous confirme que nous sommes ouverts aux preuves scientifiques pour NeurOptimal et que nous regrettons qu'il n'y en ait pas plus. Les témoignages des praticiens et de leurs clients sont utilisés faute de mieux.

Concernant les praticiens NeurOptimal, il semble assez évident que s'il existait une bonne centaine d'études scientifique sur NeurOptimal, ce serait un excellent argument marketing. Pourquoi seraient-ils fermés à cela ?

Vous pouvez dire que l'efficacité de NeurOptimal n'est pas démontrée scientifiquement et qu'à défaut on se contente de témoignages. Ça me parait beaucoup plus fidèle à la réalité que votre formulation.

ADNF

Arrivé là, je me pose une question : si Zengar met à disposition tout pour que les chercheurs valident NeurOptimal, comment expliquer qu'aucune étude sérieuse ne démontre son efficacité après 17 ans ?

De mon opinion personnelle qui m'appartient totalement et qui n'engage que moi, je vois le problème sous plusieurs angles :

  • Déjà, un scientifique sait que NeurOptimal n'est pas du Neurofeedback ;
  • Aucun scientifique n'a pu observer ces "turbulences" (toujours prouver l'existence d'un phénomène avant de l'étudier, j'en parle ici) ;
  • Tout le monde ignore le fonctionnement de NeurOptimal (et en science, on est pour la transparence de nos protocoles pour que d'autres puissent les répliquer et les vérifier) ;
  • En science, on a un biais de publication dit "négatif" : il est beaucoup plus difficile de publier si le résultat est négatif. Et en tant que Scientifique, notre CV, c'est nos publications. Des papiers refusés qui montrent que NeurOptimal ne fonctionne pas, c'est possible, on en aurait juste aucune trace. Et se lancer dans un projet comme ça (avec aucune information sur le matériel), c'est risqué, car encore une fois, publier c'est vital pour un scientifique.
  • Lors de la sortie de NeurOptimal (début 2000), il était beaucoup plus difficile de vérifier l'information (j'ai codé mon premier site en 2003 avec une connexion 56k et j'avais 15 ans pour vous dire....), et les Neurosciences étaient bien moins à la mode. En un sens, cela me rappelle l'homéopathie (avec laquelle je vous bassine, je sais) : à l'époque de la création de l'homéopathie, c'était une alternative à la médecine (avec les saignées et compagnie qui faisaient plus de mal que de bien) tout à fait correcte : ne pas faire de mal, c'était déjà un mieux. Je vous conseille cette magnifique vidéo qui explique cela (vous y apprendrez notamment qu'il ne faut pas consommer de café/thé, ne pas chevaucher de cheval, ne pas jouer, ne pas se masturber, ne pas lire de textes pornographiques... sinon l'homéopathie ne fonctionne pas. Une autre époque, je vous dis).

Donc, je me dis simplement que si NeurOptimal n'arrive pas à rallier les scientifiques, c'est peut-être que les chercheurs qui bossent dans le domaine savent que ça ne peut pas fonctionner comme veut le faire croire Zengar.

Par exemple, James Randi (un illusionniste professionnel qui est plus particulièrement connu comme un démystificateur des pseudo-sciences et autres phénomènes paranormaux) offre à travers sa fondation un million de dollars à n'importe quel médium qui prouverait selon un protocole scientifique ce "pouvoir". Étrangement, personne n'a relevé le défi.... Donc, ce n'est pas que les scientifiques ne s'intéressent pas à un sujet, c'est parfois juste que les gens racontent des conneries....

Discussion avec Ruben
Discussion avec Ruben

On m'a également envoyé un rapport préliminaire qui montre que NeurOptimal permet d'améliorer le fonctionnement cérébral d'animaux.... empaillés. Les auteurs de ce rapport préliminaire, sont certifiés par la BCIA. Ils connaissent donc la méthode scientifique, le Neurofeedback et savent ce qu'ils font. A toute fin utile, je le rappelle : c'est un rapport préliminaire, en aucun cas une étude scientifique publiée dans une revue (l'effectif est trop faible). J'ai retrouvé l'auteur (Rubén Pérez-Elvira, du Centre de Réhabilitation Nepsa) sur LinkedIn, puis on a papoté sur Facebook. Il me confirme qu'effectivement, il observe avec ses résultats préliminaires que le NeurOptimal arrive à améliorer le fonctionnement cérébral d'animaux empaillés. On en a rigolé entre nous, mais visiblement de nombreuses personnes ont demandé sa nomination pour le Prix Ig-Nobel, qui récompense les recherches scientifiques qui paraissent insolites mais qui amènent secondairement à réfléchir. Le comité Ig-Nobel lui a demandé de compléter son étude et de la publier dans une revue internationale avant de pouvoir accepter sa nomination.

Il m'a également confié qu'il a réussi à améliorer le fonctionnement cérébral, grâce au NeurOptimal, d'un.... bout de bois.

Rubén Pérez-Elvira a un avis beaucoup plus sec que moi sur le NeurOptimal : pour lui, NeurOptimal n'enregistre rien du tout et utilise des données stockées en local et fait une cuisine notamment vis à vis de l'âge du patient (il a testé les animaux empaillés avec différents âges incluent dans le logiciel et a obtenu des résultats différents). Il relève également le business en système pyramidal que j'avais évoqué lors de mon dernier article.

Et il a réalisé un qEEG avant / après NeurOptimal : aucun changement cérébral n'a été perceptible. Encore une fois, ce n'est pas une preuve scientifique, mais NeurOptimal s'appuyant sur des témoignages, il me semble honnête de diffuser des témoignages contradictoires aux leurs. La science clarifie en général, tout cela.....

Ce fut une super rencontre et on va vérifier si le signal capté par NeurOptimal est bien de l'EEG (une conférence à l'ISNR, il y a deux ans, montrait supposément l'inverse, je les ai contacté pour avoir les documents, demande refusée car je ne suis pas membre... voilà, voilà... Ruben, par l'intermédiaire de Thomas (Directeur de l'Institut Neurofeedback-EEG de Munich, -un institut de formation accrédité BCIA-), membre de l'ISNR, va demander. Merci à eux deux !). Cela apportera encore un peu d'eau au moulin et je mettrai à jour l'article.

J'ai également contacté Louis Mayaud, VP Recherche de Mensia qui travaille sur Koala, un système de Neurofeedback médical automatique pour les patients TDAH. La question était simple : "Que se passerait-il, si, supposons que nous arrivions à mettre un Mensia Koala sur la tête d’un animal empaillé ? On se ferait jeter dès le début à cause de l’impédance ? Le système nous jetterait par la suite car il se rendrait compte que le système ne détecte pas d’EEG ?".

L'impédance ne devrait pas passer en absence de fluide intra-cellulaire ;

S'il passait, la première séance est réalisée par un spécialiste qui ne devrait pas considérer qu'il s'agit d'un EEG ;

S'il considérait que c'est de l'EEG par erreur, alors nos outils de diagnostic back end signaleraient une erreur dans la journée suivante au praticien ;

Si la calibration était faite sur un vrai animal alors les sessions suivantes détecteraient que le signal ne "ressemble" pas aux données d'assessment (ndr: assessment = premier bilan EEG réalisé sur le patient).

Louis Mayaud

Donc, dans le cadre d'un système automatique, qui a bénéficié de réelle recherche scientifique : le système ne se laisserait pas berner par un animal empaillé.


Conclusion

A un moment donné, on peut être sympathique avec les gens, mais à un moment donné différent, il faut juste prendre conscience que :

  • l'ADNF promeut le NeurOptimal comme du neurofeedback, ce qui est faux ;
  • l'ADNF ignore complètement les matériels de neurofeedback utilisés en recherche scientifique, au profit d'une solution propriétaire dont elle ignore tout ;
  • l'ADNF avance beaucoup de choses sans preuves, soyez donc critiques vis à vis de ce qu'elle avance et : demandez des preuves !

A vous de vous faire votre opinion au vu de tous ces éléments, à présent.



R.



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Dr Michel du Peloux 02 juin 2018
Bonjour Mr Chaussenot , Il est temps en effet de trier comme vous le faites désormais de façon rationelle et ayant vérifié au préalable toutes vos sources, ce d'autant qu'il me semble que vous faites aussi partie d'une organisation commerciale NeuroSens ((?) dont je n'ai pas encore bien compris les finalités au delà de la formation( et qui en est propriétaire ?) . Vos avis nous ont fait bouger chez Mensia et je vous en remercie : dès Juillet nous mettrons nos sites internet à jour et je vous invite à surveilller les communciations scientifiques à venir de Mensia à la suite du 5 eme Congres International TDAH de Lausanne le 29 Juin : Le neurofeedback médical a enfin sa place .Notre objectif chez Mensie est de soigner. N'hésitez pas à contacter le Dr Louis Mayaud , RD de Mensia pour échanger de façon scientifique.Au plaisir.Cordialement.
Dr Michel du Peloux, CEO Mensia Technologies
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Rémi Chaussenot 02 juin 2018
Bonjour Michel,

J'ai effectivement essayé d'apprendre de mes erreurs vis à vis de l'article que j'ai fait sur Mensia et je m'excuse encore du contresens que j'ai fait. Je suppose que vous avez eu ce lien par Louis, l'article n'est pas encore référencé sur mon site (et j'ajoute encore actuellement des précisions, avant sa publication officielle).

Je n'ai aucun lien financier avec Neurosens. Je ne suis pas payé par eux et je ne fais pas parti de leurs employés (et ma formation a été payée et non offerte par Neurosens). Leur finalité ne va pas au delà de la formation, vu que de ce que j'en comprends, ils sont un organisme de formation, dont les propriétaires sont parfaitement identifiés sur leur site.

Concernant Mensia, Louis m'a apporté beaucoup d'éléments (et je lui écrirai régulièrement, comme j'ai pu le faire pour cet article) : que ce soit Jean-Loup ou moi, on suit avec attention Koala, qui fera l'objet d'un article, tant votre recherche va, à mon sens, apporter au domaine du Neurofeedback. Je serai le premier à en dire du bien, car je suis convaincu que votre solution tient la route et est robuste niveau science.

Mensia est effectivement une entreprise qui mérite une bonne communication, car vous faites du bon boulot.

Alors je vous souhaite bonne continuation et j'ai hâte de lire les publications scientifiques sur Koala (et d'en offrir une traduction à mes lecteurs, si vous m'en donnez l'autorisation le moment venu).

Au plaisir également,

Rémi
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Le Brun Corinne 07 juin 2018
Bonjour Rémi,
Je soutiens tout à fait ton article.
J'ai un fils TDAH, qui a aujourd'hui 23 ans. Voilà des années que je cherche des solutions pour alléger sa vie. C'est en lisant "Libérez votre cerveau" d'Idriss Aberkhan, que j'ai découvert le terme neurofeedback. Tout de suite je suis allée chercher sur internet, et je suis tombée sur l'optimal bien sûr. C'était séduisant, et mon fils a donc fait 6 séances. Déjà au bout de 3 séances il sentait qu'il perdait son temps et moi, mon argent. J'ai continué mes recherches, et je suis tombée sur Neurosens. J'ai immédiatement contacté Joël, et suite à notre discussion, j'ai décidé de me former, d'acquérir le matériel afin de pouvoir pratiquer avec Jim (mon fils) c'était ça ou rien, vu le nombre de praticiens....art.1: je ne suis pas ta mère art.2 : tu n'es pas mon fils art.3 : on ne se connaît pas.... parce qu'on a bien compris que l'accompagnement etait essentiel lors de cette thérapie, mais mère/fils ça n'est pas l'idéal - n'empêche qu'aujourd'hui, suite au 1er protocole, Jim a retrouvé la vie verticale. Il vient de passer son permis, a un job à mi-temps, programme la reprise de ses études en septembre, toutes ces choses étaient inenvisageable ne serait-ce il y a 1 an ! Aujourd'hui, Jim envisage son avenir... Je pourrais à l'occasion partager cette expérience si tu le souhaites, car il y a encore beaucoup de choses à dire... Suite à cette expérience très positive, et passionnante, j'ai décidé d'en faire mon nouveau métier. Je pratique encore dans le cadre familial car j'ai également une fille de 22 ans autiste asperger à qui le NFB fait énormément de bien mais c'est plus long.
Bien à toi,
Corinne Le Brun
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Rémi Chaussenot 07 juin 2018
Bonjour Corinne,

Concernant I. Aberkane, c'est un personnage que les scientifiques n'aime pas, du fait de nombreux mensonges dans ses discours et de son absence de compétence pour parler Neurosciences. On a fait notre possible pour avertir les gens, mais voilà, c'est un très bon communicant qui a réussi à enfumer pas mal de journaux.
Cf:
https://www.lexpress.fr/actualite/sciences/sciences-et-recherche-le-cv-dope-d-idriss-aberkane_1845580.html
https://www.marianne.net/debattons/blogs/lutte-des-classes/idriss-aberkane-imposteur-des-debats-sur-l-ecole
http://menace-theoriste.fr/idriss-aberkane-icone-fausse-ere/ (Menace Théoriste qui a fait une série d'article très pertinente (en lien dans cet article) sur les mensonges d'Aberkane, dont j'ai participé avec d'autres chercheurs).
Tant mieux s'il t'a guidé vers le Neurofeedback, mais garde bien en tête, qu'il raconte beaucoup de conneries et n'a aucun diplôme en Neurosciences.

Ton témoignage sur le parcours de soin de Jim peut-être très intéressant, notamment sur les protocoles utilisés. Comme je l'ai marqué au dessus, je vais faire un article sur Mensia Koala, une solution automatique qui traite le TDAH et cela pourrait être intéressant de montrer les ressemblances et les divergences des deux techniques.

En tout cas, merci beaucoup de ton témoignage et je t'invite à me contacter pour m'en dire plus, ce sera très utile pour mon prochain article !

Merci à toi,

Rémi
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tania 25 octobre 2018
Bonjour,
je suis de formation artistique mais très interessee par le neuroffedback.
J envisage de developper le neuroptimal mais au vu de votre article, je doute un peu.
Que me conseillez vous dans mon cas , sur Paris? Merci d avance pour votre aide.
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Rémi Chaussenot 25 octobre 2018
Bonjour Tania,

Sur Paris, il y a l'Institut Neurosens (https://www.institut.neurosens.fr) qui fait la formation annuelle parisienne du 7 au 11 décembre 2018.
C'est actuellement la meilleure solution pour se former au Neurofeedback en français.

Je reste à votre disposition si nécessaire

R.
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azoulay 10 décembre 2018
bonjour je suis une "novice" mais extremement interressee par l apprentissage les formations et la certification du nfb
avez des conseils pour la meilleure formation en france et le "diplome" le mieux reconnu...
merci par avance
nathalie
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Rémi Chaussenot 10 décembre 2018
Bonjour Nathalie,

Mon prochain article parle exactement de ce sujet.
Le temps de l'illustrer et de le faire relire par quelques professionnels et chercheurs pour m'assurer que je n'ai pas laissé de coquilles et il devrait arriver en début de semaine prochaine.

Rémi